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Piéger et stocker le CO2, le remède contre le réchauffement climatique ?

mercredi 14 mai 2008, par Vera


La combustion mondiale de charbon devrait augmenter de 70% d’ici 2030

Peut-être avez-vous déjà entendu l’expression : le « piégeage et le stockage de CO2 » est à la mode. Mais derrière les mots se cache peut-être une technologie d’avenir, qui pourrait réduire efficacement les émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère -et donc limiter le réchauffement climatique. Alors que le Parlement s’apprête à étudier un projet de loi à ce sujet, nous faisons le point sur cette nouvelle technologie avec le rapporteur britannique, Chris Davies.

C’est encore une technologie « relativement immature », explique le député britannique Chris Davies (Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe) ; elle n’existe qu’à petite échelle et n’est en cours d’expérimentation, à plus grande échelle, qu’en Norvège, au Canada ou en Algérie.

Pourtant, la technologie du piégeage et stockage de dioxyde de carbone, dite PSC, pourrait se révéler cruciale : alors qu’au niveau européen, 24% des émissions de CO2 proviennent déjà de la combustion du charbon, l’Agence Internationale de l’Energie prévoit qu’au plan mondial, cette combustion augmentera de 70% d’ici 2030. « Tans que nous construirons des centrales électriques traditionnelles au charbon, nous n’aurons pas de prise sur le réchauffement climatique », avertit Chris Davies.

Le principe du PSC

Lorsque l’homme produit de l’énergie par la combustion de sources fossiles comme le charbon, le pétrole ou le gaz, il émet du dioxyde de carbone. Figurant sur la liste noire des gaz à effet de serre, ce CO2 se retrouve en trop grande concentration dans l’atmosphère, contribuant à réchauffer le climat planétaire.

Pour réduire ces rejets lors de la combustion d’énergies fossile s’est développée la technologie du « piégeage et du stockage » du CO2 : « un processus consistant à séparer le CO2 de ses sources industrielles et énergétiques, à le transporter dans un lieu de stockage et à l’isoler de l’atmosphère sur le long terme », comme le définit le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Concrètement ?

Piéger le CO2…

Trois techniques existent actuellement pour piéger le CO2 lors de la combustion d’une source d’énergie fossile, toutes ayant des coûts et une efficacité variable.

le procédé précombustion traite le combustible en le « gazifiant » et en le séparant essentiellement en CO2 et hydrogène. Si le dioxyde de carbone est destiné au stockage, l’hydrogène peut ensuite être brûlé pour produire de l’électricité ou de la chaleur. le procédé post-combustion permet de séparer le CO2 des autres gaz grâce à un filtre chimique, dans la fumée issue de la combustion l’oxycombustion utilise l’oxygène à la place de l’air lors de la combustion de la matière primaire afin de produire un gaz composé essentiellement de vapeur d’eau et de CO2. …et le stocker

Une fois piégé, le CO2 peut ensuite être transporté par gazoduc ou par bateau vers un site de stockage. « Le stockage consiste toujours à injecter du CO2 de haute densité dans une roche souterraine », explique le GIEC dans son rapport à ce sujet. Il recense trois formations géologiques dans lesquelles pourrait être emprisonné le CO2 : les gisements de pétrole et de gaz naturel, les formations salines profondes (en mer ou sur terre) et les veines de charbon inexploitables.

« Il est probable » que la capacité de stockage à l’échelle de la planète soit « d’au moins 2000 Giga-tonnes de CO2 », estiment les experts climatiques. Sachant qu’en 2005, les émissions mondiales de CO2 étaient de 27.3 Gt, il y a de quoi enterrer plusieurs décennies d’émissions…

Pas que des avantages !

Mais cette technologie a des inconvénients. En premier lieu, elle rajoute des coûts à l’utilisation des énergies fossiles : « il faut construire les équipements pour séparer le CO2, les infrastructures pour le transporter sur des zones de stockage, puis payer pour les puits d’injection et les sites eux-mêmes », explique Chris Davies.

Elle nécessite aussi de l’énergie en elle-même : une centrale électrique équipée pour le piégeage et le stockage de CO2 consomme de 10 à 40% d’énergie en plus qu’une centrale classique...pour la même quantité d’électricité produite.

Une fois stocké, rien ne garantit la totale imperméabilité des sols : des fuites ou irruptions soudaines pourraient représenter un danger pour l’animal et l’homme.

Mais Chris Davies tempère : il estime, comme le GIEC, que cette technologie serait moins risquée que, par exemple, l’utilisation de gaz pour se chauffer et cuisiner dans nos maisons !

Vers une législation européenne sur le PCS

En janvier, la Commission européenne a présenté une proposition législative sur le PCS. Objectif : fournir un cadre pour gérer les risques environnementaux et enlever les barrières législatives à son développement. Mais Chris Davies, l’auteur du rapport qui sera présenté sur cette proposition au Parlement, considère qu’il faut l’amender pour rendre cette nouvelle technologie plus attractive.

Après la mise en œuvre de la législation, toute nouvelle centrale devra, selon lui, être équipée pour le piégeage et le stockage de CO2. Dès 2015, chaque nouvelle unité devra capturer 90% du CO2 émis. Enfin, « il faudra équiper les actuelles centrales avant 2025 », explique-t-il, avant d’ajouter que pour encourager les industries à piéger et capturer le CO2, elles devront bénéficier d’un « double-crédit » sous le système d’échange de droits d’émission de gaz à effet de serre. Le rapport devrait être voté en Commission en octobre prochain ; son auteur espère trouver ensuite un accord avec le Conseil pour une adoption définitive avant la fin de l’année.

« Le PCS n’est pas un outil magique », conclut Chris Davies, « mais il peut aider le monde à gagner du temps pour développer, sur le long terme, une technologie zéro-carbone ».

……………………………………………………….. Davies par Davies

Elu député européen pour la première fois en 1999, le britannique Chris Davies dit avoir été sensibilisé aux problèmes de pollution et d’accroissement de la population dans les années 1970 : ils furent « l’inspiration » de son engagement politique. Son rêve est peut-être « stérile », mais c’est ainsi : « je veux laisser ce monde dans un meilleur état », assume-t-il.

Source : Parlement européen

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